Interview de Natacha Jollet-Davis / Porte-parole pour la France de la Business Software Alliance (BSA)

Écrit par CR48 le . Rubrique: Interviews

Natacha_Jollet-David_fmtInterview de Natacha Jollet-Davis / Porte-parole pour la France de la Business Software Alliance (BSA)

« Les questions de conformité sont souvent méconnues. »

Créée en 1988, la Business Software Alliance (BSA) est la principale organisation dédiée à la défense des intérêts de l’industrie mondiale du logiciel commercial qui représentait, en 2008, un chiffre d’affaires global de 115 milliards de dollars pour les 100 plus importants éditeurs mondiaux (source : bilan Top 100 Research Foundation 2009).
 

Contrefaçon Riposte : Pour lutter contre la contrefaçon et la distribution illégale des logiciels, les éditeurs membres de la BSA semblent davantage compter sur l’évolution des mentalités que sur la généralisation des techniques de protection ou encore la répression ?

 Natacha Jollet-David : En fait, nous travaillons activement à la fois sur les axes de sensibilisation et de répression. En ce qui concerne les techniques de contrôle, chaque éditeur de logiciels choisit la technologie et le niveau de protection le mieux adapté à son marché.

BSA, en tant qu’association regroupant quasiment une centaine d’éditeurs au monde, se positionne comme porte-parole de l’industrie auprès des pouvoirs publics et comme relais d’informations auprès des utilisateurs. En particulier, dans les petites et moyennes entreprises, nous nous apercevons que les questions de conformité sont souvent méconnues. C’est pourquoi nous nous efforçons de mettre régulièrement à disposition des études, des conseils et des outils gratuits consacrés au « Software Asset Management » qui permettent d’accompagner les entreprises dans la mise en conformité de leur parc logiciel.

Sur le plan répressif, notre action cible les sites criminels qui font commerce de copies illégales ou de fausses licences de logiciels, les sites de téléchargement illégaux et les sites d’enchères en ligne. Par exemple, sur la période des 6 premiers mois de l’année, BSA a procédé à 19 000 demandes de retrait concernant des enchères illégales et à 2,4 millions pour des fichiers illégaux échangés sur des sites de P2P et BitTorrent.

Par ailleurs, des contrôles inopinés, sous forme de saisies-contrefaçon, ont lieu dans les entreprises afin de vérifier la conformité des logiciels installés.

Mais nous savons aussi que la piraterie ne pourra jamais être complètement éradiquée sur un réseau ouvert comme Internet. C’est pourquoi notre tâche consiste aussi à éduquer les internautes, particuliers et professionnels, sur leurs responsabilités et sur les risques en matière de sécurité - mais aussi juridiques et de réputation - qu’ils encourent en cas de piratage. Toutefois, aucun effet durable ne sera obtenu sans une prise de conscience collective des effets négatifs et destructeurs de la piraterie sur l’économie et sur l’emploi en général.

Contrefaçon Riposte : Pensez-vous, que le maintien d’un taux élevé de piraterie puisse avoir un effet sur les modes de commercialisation des logiciels, avec notamment le développement de « l’open source » ou du modèle SAAS (software as a service) ?

Natacha Jollet-David : Chacun de ces modèles – le modèle commercial, celui de la communauté de développement ou encore la vente d’applications en ligne SAAS – a sa place dans un marché du logiciel sain et diversifié. L’innovation dans le domaine des logiciels constitue un moteur pour le progrès économique, social et technologique. Permettre que plusieurs modèles de développement et types de licence puissent être en compétition et être sélectionnés par les usagers en fonction de leurs avantages respectifs relève d’une saine concurrence entre les éditeurs. D’ailleurs contrairement à une idée reçue, le logiciel « open source » ne veut pas dire forcément gratuit et il en va de même des applications SAAS. Aujourd’hui, de plus en plus de solutions combinent à la fois l’open source, les logiciels à la demande et le logiciel commercial.

Contrefaçon Riposte : Le logiciel n’est-il pas le parent pauvre des différents plans de soutien : plan France numérique 2012, rapport Attali, plan de relance… Que souhaitent les éditeurs de logiciels ?

Natacha Jollet-David : Il est vrai que l’économie du numérique et de l’immatériel souffre encore d’une certaine incompréhension. Aujourd’hui, la maîtrise des logiciels et des services informatiques est un facteur de compétitivité et de croissance essentiel pour toutes les économies développées. L’édition de logiciels est un secteur d’avenir, porteur d’une croissance durable et créateur de nombreux emplois qualifiés à forte valeur ajoutée. Mais c’est aussi un écosystème fragile qui ne peut se développer qu’avec des investissements importants et par conséquent le respect scrupuleux d’un cadre contractuel.

Pour les entreprises la maîtrise des applications logicielles est un facteur de production et de différenciation essentielle. La conformité, la fiabilité et la sécurité de leur système d’information constituent un actif immatériel important qui impacte directement leur valorisation et leurs perspectives de croissance. Tout ceci n’est pas compatible avec le piratage.

Notre souhait est que les pouvoirs publics prennent davantage conscience de l’importance de disposer d’une industrie du logiciel innovante et prospère. Sa contribution est essentielle à l’amélioration de la compétitivité des entreprises et de l’ensemble de l’économie. Il est donc naturel que ce secteur de pointe bénéficie des différents plans de relance et d’une forte détermination pour lutter contre toutes les formes de criminalité. <

Propos recueillis par Philippe Collier.

 

La Business Software Alliance

La BSA compte 92 membres à l’échelle mondiale dont 67 membres participant en Europe et 46 en France. Les cotisations sont calculées en fonction du chiffre d’affaires et les décisions de l’organisation sont prises sur une base consensuelle entre tous ses membres. La BSA mène des études et des campagnes de sensibilisation afin de promouvoir un monde numérique légal et plus sûr.

La BSA mobilise particulièrement ses partenaires constructeurs informatiques mais aussi les pouvoirs publics, entreprises et consommateurs sur l’importance du respect des droits de propriété intellectuelle applicable au logiciel et sur les dangers de la cybercriminalité. Elle lutte aussi activement contre la contrefaçon des logiciels avec une double action visant à décourager, en amont, la distribution illégale et, en aval, à réprimer les usages non autorisés.

 

CR48 - © Contrefaçon Riposte N°48 - octobre 2009