Interview de juan-Carlo Siria : « Nous souhaitons nous exprimer davantage sur le sujet »

Écrit par CR30 le . Rubrique: Interviews

CR30-juan-carlos_SIRIA_fmtJuan-Carlos Siria / Responsable protection clients et propriété intellectuelle, responsable de la lutte anti-contrefaçon de Schneider Electric

« Nous comptons sur les autorités de contrôle pour faire respecter les normes de qualité et de sécurité. »

Contrefaçon Riposte : Votre nomination récente à ce poste, le 1er février 2007, signifie-t-elle que la lutte anti-contrefaçon est une préoccupation nouvelle pour Schneider Electric ?

Juan-Carlos Siria : Schneider Electric se préoccupe depuis longtemps de la contrefaçon, notamment en participant au groupe de travail, constitué il y a cinq ans, au sein de notre organisation professionnelle Domergie [voir notre n° 15]. Même si l’impact de la contrefaçon est difficile à évaluer, on estime qu’elle représente sur notre secteur d’activité environ 10 % du chiffre d’affaires mondial de l’appareillage électrique domestique (contacteurs, disjoncteurs, interrupteurs, prises). Mais cet impact n’est pas uniquement économique, il y a aussi des risques d’explosion, d’incendie ou d’électrocution pour les consommateurs.

Le fait nouveau au sein de Schneider Electric est que nous avons désormais la volonté de nous exprimer davantage sur ce sujet pour informer nos distributeurs sur les dangers de la contrefaçon, tout en mettant en avant les garanties de sécurité et de fiabilité de nos produits et de nos marques. Nous incitons nos réseaux de distribution à la plus grande vigilance sur la provenance et l’authenticité des produits qu’ils vendent. Nous avons tous une réelle convergence d’intérêts sur ces questions.

Contrefaçon Riposte : Quelles sont vos observations sur l’origine et la diffusion des contrefaçons ?

Juan-Carlos Siria : La situation est très hétérogène selon les pays. La contrefaçon est particulièrement visible en Chine, en termes de production et de consommation. C’est une économie de village, très dispersée, donc difficile à juguler. Elle touche particulièrement les produits de grande série peu sophistiqués. La copie porte essentiellement sur le design, tandis que les composants électromagnétiques sont rudimentaires et dangereux.

D’autres régions du monde sont aussi fortement touchées, avec des taux de faux produits consommés qui varient, selon les pays, entre 40 et 80 %, en Europe de l’Est, en Russie, en Afrique. Dans les pays développés, nous sommes particulièrement vigilants sur les réimportations parallèles et les marchés gris, qui introduisent la confusion avec l’entrée de produits douteux. Par exemple, récemment, un revendeur hollandais sérieux a été abusé par un intermédiaire qui avait acheté des produits en Turquie. Souvent, le client ignore qu’il a acheté des contrefaçons. De même, en Australie, l’un de nos distributeurs a été trompé sur l’origine du produit. Nous avons aussi identifié, en Grande-Bretagne, de nombreux produits sans marque, de très mauvaise qualité et absolument non conformes aux normes en vigueur.

Contrefaçon Riposte : Effectuez-vous régulièrement d’importantes saisies ?

Juan-Carlos Siria : C’est tout à fait marginal. Même si nous faisons une quarantaine de raids par an en Chine, les volumes saisis sont faibles. Le tracking se révèle peu efficace, tant les contrefacteurs sont mobiles. Il y a aussi le problème des ventes sur Internet, contre lesquelles il n’existe pas de loi pour lutter.

Nous comptons davantage sur le travail des douanes et des autorités de contrôle pour faire respecter les normes de qualité et de sécurité. Sur ce plan, nous collaborons avec nos concurrents et les associations professionnelles, Domergie en France, Beama en Grande-Bretagne, Nema aux États-Unis, pour organiser des formations et des actions communes.

Contrefaçon Riposte : Mettez-vous en œuvre des technologies anti-contrefaçon pour faciliter l’authentification de vos produits ?

Juan-Carlos Siria : C’est un problème complexe, qui est encore en discussion en interne. Nous n’avons pas encore fait le choix d’une technologie unique. Par exemple, nous utilisons des hologrammes en Égypte et en Indonésie, tandis que, en Chine, nous identifions les produits par un codage alphanumérique de conception interne. Mais pour des raisons de coût et d’organisation, nous sommes encore loin de la mise en place d’un système de traçabilité global. <

Propos recueillis par Philippe Collier