Interview de Bernard Brochand / Député-maire de Cannes, président du Comité national anti-contrefaçon (Cnac) et du Groupe d’étude parlementaire sur la contrefaçon et la piraterie

Écrit par CR27 le . Rubrique: Interviews

« La lutte contre la contrefaçon et la piraterie est un enjeu de société »

Contrefaçon Riposte : Quelle appréciation portez-vous sur le volontarisme du nouveau gouvernement en matière de lutte anti-contrefaçon ?

brochand_fmtBernard Brochand : Tous les ministres se sont montrés d’emblée très motivés, il n’y a pas eu à les convaincre. Le fait que Nicolas Sarkozy ait été, en 2004, en tant que ministre de l’Économie, à l’origine du premier plan d’action anti-contrefaçon n’y est sans doute pas étranger. C’est un gouvernement qui a la « culture du résultat ». Dans ce contexte, la lutte contre la contrefaçon et la concurrence déloyale est parfaitement cohérente avec la volonté de relancer la compétitivité de la France et l’emploi par l’innovation, la protection de la propriété intellectuelle et la défense des marques exportatrices.

Christine Lagarde aborde systématiquement cette question dans tous ses entretiens bilatéraux ; Éric Woerth a fixé des objectifs ambitieux aux douanes ; Hervé Novelli a immédiatement apporté son soutien à l’action du Cnac ainsi qu’à nos démarches en matière de sensibilisation des consommateurs ; quant à la feuille de route du ministère de la Culture, elle fait explicitement référence à la lutte contre la piraterie, et Christine Albanel vient de mettre en place la commission Olivennes, chargée de réfléchir aux moyens de lutter contre la piraterie des œuvres audiovisuelles et cinématographiques.

Contrefaçon Riposte : En quatre années à la présidence du Cnac, vous avez fortement contribué à faire prendre conscience des dangers de la contrefaçon. Êtes-vous pour autant satisfait des résultats obtenus ?

Bernard Brochand : Le simple constat que le fléau de la contrefaçon et de la piraterie ne cesse de croître et qu’il pose dans certains secteurs de sérieux problèmes pour la santé et la sécurité des consommateurs oblige à la plus grande modestie.

Je dirais que le Cnac a les défauts de ses qualités. Tout d’abord, il a le mérite d’exister et de ne rien coûter. C’est une structure unique, informelle et souple ; en fait, un lieu de concertation et de coordination entre tous les acteurs, publics et privés, de la lutte. Vu le nombre d’institutions, de fédérations professionnelles et de secteurs concernés, mais aussi le nombre croissant de problématiques aujourd’hui, je considère comme une première victoire d’avoir fait passer la lutte contre la contrefaçon au plan des grandes causes nationales, au même titre que la sécurité routière.

Mais si, aujourd’hui, grâce à l’action du Cnac et de ses membres, tout le monde s’accorde sur le diagnostic des dégâts occasionnés par la contrefaçon, j’ai bien conscience qu’il nous faut continuer à agir, et même accélérer !
Si l’engagement des pouvoirs publics est acquis, il faut aussi, en contrepartie, que les entreprises et les marques y prennent une part encore plus active. Le Cnac ne peut se substituer aux acteurs du terrain. Nous poursuivrons néanmoins nos actions d’information pour assécher la demande en changeant le comportement des consommateurs. Car chacun sait que, dans cette affaire, le consommateur est souvent victime mais aussi parfois complice. Il faut bien comprendre que la lutte contre la contrefaçon et la piraterie est un enjeu de société dont les risques, même s’ils ne sont pas toujours palpables, sont effrayants. En brassant des sommes considérables, la contrefaçon finance le crime organisé et menace directement l’économie, l’emploi, l’innovation, la création, la culture… Elle mine aussi la confiance dans les marques et dans les normes de qualité et de sécurité.

Contrefaçon Riposte : Votre mandat de président vient d’être renouvelé par Mme Lagarde et M. Novelli. Quelles sont vos priorités pour les mois à venir ?

Bernard Brochand : Dès le mois d’octobre, l’Assemblée nationale aura à se prononcer sur la loi anti-contrefaçon dont les avancées permettront aux entreprises de mieux se défendre contre les contrefacteurs. J’y prendrai bien sûr toute ma part. Ensuite, le Cnac fera des propositions concrètes pour soutenir l’action de la France et l’aider à convaincre ses partenaires européens lorsqu’elle prendra la présidence de l’Union européenne au second semestre 2008. Enfin, nous souhaitons relancer une nouvelle campagne de communication, et je souhaite que, dans le même temps, les marques fassent mieux valoir les garanties qu’elles apportent aux consommateurs. <

Propos recueillis par Ph. C.