Interview de Hugues Souparis / Président-directeur général Hologram Industries

Écrit par CR25 le . Rubrique: Interviews

« L’hologramme joue un rôle de révélateur de la contrefaçon »

Contrefaçon Riposte : L’utilisation des hologrammes dans la lutte anti-contrefaçon souffre de préjugés défavorables. Certains pensent notamment qu’ils seraient faciles à imiter. Que répondez-vous ?

CR25-Souparis_fmtHugues Souparis : Comme beaucoup de préjugés, celui-ci est faux. Tout d’abord, il convient de noter que c’est aujourd’hui le produit le plus largement utilisé dans le monde dans des domaines aussi variés que les produits de luxe, l'industrie pharmaceutique, les logiciels, l’agro-alimentaire…

Bien entendu, lorsqu’une marque utilise un hologramme anti-contrefaçon, celui-ci est de facto la cible des contrefacteurs. Donc, le fait que l’hologramme soit imité en même temps que le packaging est complètement inhérent à son rôle.

Néanmoins, c’est l’élément le plus résistant à la contrefaçon. Il existe très peu de cas où l’hologramme imité passe un contrôle visuel rapide de premier niveau comparatif à l’original, ce qui n’est pas le cas des autres éléments du packaging. L’hologramme joue donc son rôle de révélateur de la contrefaçon.

Par ailleurs, la technologie s'est à la fois diffusée et a largement progressé. Car, s’il y a dans le monde de nombreux fabricants d’hologrammes, il n’y a qu’une dizaine d’acteurs capables de fabriquer des hologrammes parfaitement adaptés au rôle d’élément d’authentification.

Un hologramme de sécurité doit être à la fois très facile à identifier visuellement, comporter des effets optiques très difficiles à imiter et intégrer des éléments de contrôle impossibles à contrefaire et des éléments de preuve d’authenticité fiables à 100 %.

Contrefaçon Riposte : Il y a donc hologramme et hologramme ?

Hugues Souparis : Afin d’être en avance sur les contrefacteurs, mais aussi sur sa concurrence, Hologram Industries consacre près de 10 % de son chiffre d’affaires à la R&D pour développer ses propres technologies brevetées. Nos locaux et tout le processus de fabrication sont hautement sécurisés. Nos hologrammes protègent ainsi de nombreux documents officiels, comme les cartes d’identité ou les passeports, mais aussi les coupures de 50 et de 100 euros. Nous bénéficions d’ailleurs d’un agrément de la Banque centrale européenne, et nous avons été le premier fabricant d’hologrammes à recevoir la certification CWA, délivrée par l’association Intergraf (International Confederation for Printing) en collaboration avec l’IHMA (International Hologram Manufacturers Association).

Nous utilisons une large gamme de technologies propriétaires dont la combinaison permet de créer des images dont les effets visuels sont très personnalisables et se différencient fortement des images holographiques courantes. Les effets optiques utilisés sont nouveaux et uniques, donc faciles à contrôler. Ils sont basés sur l’agencement de microstructures optiques complexes particulièrement résistantes à la contrefaçon.

Contrefaçon Riposte : L’hologramme passe aussi pour un produit coûteux qui serait réservé à des produits de luxe. Qu’en est-il ?

Hugues Souparis : Cela tient sans doute à l’image valorisante de l’hologramme. Mais, en réalité, l’hologramme est véritablement un produit industriel pouvant être apposé sur un objet à des cadences et pour des coûts parfaitement compatibles avec des productions de masse.

La capacité d’intégrer dans un hologramme de nombreuses informations d’identification, d’authentification et de traçabilité en fait un support sécurisé tout à fait adapté aux nécessités combinées de garantir l’origine, la provenance et l’intégrité d’un produit. Le coût de l’« origination », c’est-à-dire de la création de l’image originelle et des outils de production associés, est de l’ordre de quelques milliers d’euros et varie selon la complexité des effets intégrés (effets de rotation, de surface, de profondeur, 3D, éléments cachés…). Quant au prix de revient d’un hologramme, il dépend certes de nombreux facteurs techniques (composition, structure, nombre d’étapes de fabrication, taille, type de transfert adopté…) et des quantités commandées. Mais sur des millions d’unités, il est inférieur au centime d’euro.

Contrefaçon Riposte : En 2006, Hologram Industries (165 personnes, dont 105 en France) a réalisé un chiffre d’affaires de 18,2 millions d’euros, dont 75 % à l’exportation. 70 % du chiffre sont réalisés dans le domaine des documents de sécurité et 20 % sur le marché de la protection des marques. Que représente pour vous le marché de la lutte anti-contrefaçon et quels sont les secteurs les plus porteurs ?

Hugues Souparis : Le marché de la protection des marques est encore très récent. Il a commencé à être significatif au début des années 2000 et ne se développe vraiment que depuis deux à trois ans. Les marchés les plus porteurs sont les secteurs de la pharmacie, des pièces détachées et du luxe. Le gouvernement malaisien, par exemple, a retenu notre technologie pour protéger l’ensemble du marché des médicaments. Nous fournissons à la Malaisie des hologrammes officiels qui comportent chacun un numéro d’immatriculation unique et qui doivent être apposés par les laboratoires sur toutes les boîtes de médicaments. Nous avons aussi conçu et réalisé l’ingénierie des systèmes de traçabilité et de rapprochement des bases de données. De même, en Chine, nos hologrammes protègent des paquets de cigarettes. Ou encore, en Afrique, ils sont utilisés pour garantir l’origine et l’intégrité des sacs de ciment. Aujourd’hui, les marchés les plus dynamiques ne se situent pas en Europe, mais en Amérique du Sud, au Moyen-Orient et en Asie. C’est-à-dire dans les pays les plus touchés par la contrefaçon.

Propos recueillis par Philippe Collier