Question de vie ou de mort

Écrit par CR12 le . Rubrique: Sécurité des consommateurs

Au cours de la conférence internationale « Combattre la contrefaçon des médicaments : construire une collaboration internationale effective », qui s’est tenue à Rome du 16 au 18 février, l’Organisation mondiale de la santé en a appelé à la coopération mondiale pour prendre immédiatement des mesures concrètes contre la prolifération des faux médicaments.-Il y a urgence.

drugs_kill_fmtPour agir vite, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) propose la création, dans les plus brefs délais, d’un groupe de travail mondial, baptisé Impact (International Medicinal Products Anti-conterfeiting Taskforce). Il sera chargé de mettre en place des recommandations et des outils dans les domaines de la législation, du commerce, de l’information et des technologies de protection et de traçabilité. Des méthodes simples et peu coûteuses pour identifier les contrefaçons peuvent s'avérer efficaces. Par exemple, de simples essais colorimétriques mis au point pour l'artémisinine – substance de base des artésunates, utilisés dans le traitement du paludisme – ont permis d’identifier de faux artésunates.

Extrêmement lucratif, le commerce du faux atteindrait déjà 10 % du marché mondial des médicaments. Selon les estimations du Centre for Medicines in the Public Interest, aux États-Unis, les ventes de médicaments contrefaisants atteindront 75 milliards de dollars en 2010, soit une augmentation de 92 % par rapport à 2005.

Les contrefaçons sont évidemment plus répandues dans les pays où le contrôle et l'application des réglementations pharmaceutiques laissent à désirer. Toutefois, aucun pays n'est totalement à l'abri du problème. Dans les rapports gouvernementaux, il apparaît clairement que les méthodes de production et les canaux de distribution pirates se perfectionnent, ce qui complique leur détection.

Les contrefaçons de médicaments entrent dans la catégorie plus générale des produits pharmaceutiques «ne répondant pas aux normes». Mais ils se distinguent par le fait que la nature et l'origine indiquées sur l'étiquette sont délibérément et frauduleusement mensongères. Dans la plupart
des cas, ces produits n'ont aucun effet thérapeutique ; au contraire, ils peuvent provoquer des pharmacorésistances, voire des décès.

> Intensifier les mesures

Certaines mesures ont déjà été prises : appui aux autorités de réglementation pharmaceutique des pays pauvres ; marqueurs simples, facilement lisibles et peu coûteux ; surveillance transnationale des médicaments contrefaisants ou ne répondant pas aux normes ; éducation et sensibilisation des patients, des soignants et des pharmaciens aux dangers de la contrefaçon. «Il faut intensifier ces mesures, estime le Dr Zucker, directeur général adjoint de l’OMS. Les pays doivent réfléchir aux moyens de procéder le plus rapidement possible aux ajustements technologiques, législatifs et financiers nécessaires pour garantir la disponibilité des médicaments essentiels de qualité.»

L'OMS a mis en place en 2005 un service en ligne pour détecter les activités liées à la contrefaçon des médicaments dans la région du Pacifique occidental. Ce système d'alerte rapide transmet des rapports sur la distribution des médicaments contrefaisants aux autorités compétentes afin qu'elles prennent rapidement les mesures qui s'imposent. Il devrait s’étendre en priorité aux autres régions du monde les plus menacées. <

Ph. C.

 

L’avis des entreprises

> Harvey Bale, directeur général de la Fédération internationale de l’industrie du médicament (FIIM) a déclaré que 781 cas de fraude ont été enregistrés en 2005, contre 557 en 2004. La FIIM demande aux États d’assimiler la contrefaçon de médicaments à un crime et de remettre en cause les différences de prix des médicaments selon les pays, différences qui encouragent un commerce parallèle actif. Il a aussi demandé un contrôle strict du commerce des médicaments sur Internet.

Faux Tamiflu sur Internet

> La progression de la grippe aviaire favorise le trafic de faux Tamiflu. Le ministère fédéral canadien de la Santé incite les consom-mateurs à la prudence lors d’achats sur Internet, en particulier de tout produit qualifié de «générique» : aucune version générique de cet agent antiviral n’est en effet homologué sur le marché. De nombreux sites Internet vendent illégale-ment le médicament, tandis que la douane américaine a intercepté plus de 50 car-gaisons de faux Tamiflu.