Technologies

La traçabilité sécurisée verse dans le champ du Big Data

Écrit par Philippe COLLIER le . Rubrique: Technologies

Cette évolution n’est pas sans conséquence pour les fabricants traditionnels d’étiquettes sécurisées dont l’activité tend à se dématérialiser pour se transformer en prestataires de services de confiance. Grandes manœuvres autour de l’attribution du marché de la traçabilité des produits du tabac.

Le 2 juillet 2014, le ministère du Redressement productif et du Numérique a présenté six nouvelles feuilles de route des 34 plans de la Nouvelle France Industrielle. Parmi celles-ci, le plan « Big Data » pour lequel des initiatives  seront présentées au second semestre notamment dans le domaine de la traçabilité.

Mise en place d’un consortium d’entreprises

Pour chacun de ces plans un comité de pilotage a été constitué qui rassemble des écoles et organismes de recherche, les acteurs publics et un consortium d’entreprises françaises susceptibles de participer aux projets industriels. Ainsi, pour le plan « Big Data » — dont les chefs de projet sont Paul Hermelin, PDG de Cap Gemini et François Bourdoncle, président du cabinet conseil FB&Cie récemment constitué — on trouve des entreprises comme Orange, La Poste, Criteo… mais curieusement  la seule entreprise citée dans le domaine de la traçabilité sécurisée, SICPA, n’est pas française, mais Suisse !

Ce qui fait dire à certains de ses concurrents que les jeux seraient politiquement faits, ce qui reste à prouver, sur le futur appel d’offres qui concernera la partir française du « système d’identification et de traçabilité des produits du tabac »... (lire à ce propos les articles de la Lettre de l’Expansion « Tabac : la filière de la traçabilité se structure » (du 7 juillet 2014) et du Parisien « Le Made in France aura son code secret (du 10 juillet 2014)).

Mais le plus important est sans doute de constater l’évolution de la perception du marché de la traçabilité sécurisée ces 10 dernières années. Alors que le rapport « Technologies clés 2010 » , publié par la DGE du ministère de l’Économie, en 2006, consacrait deux chapitres distincts d’une part aux « Technologies d’authentification » et d’autre part à la « Traçabilité ». Remarquons que dans la liste des acteurs français de l’authentification, figurait déjà le Suisse SICPA aux côtés  d’ArjoWiggins, Hologram industries ou Prooftag !

L’étude « Technologies clés 2015 » publiée, en 2011, par la DGCIS du ministère de l’Économie, oublie les technologies d’authentification et ne consacre qu’un chapitre aux « Objets communicants » avec essentiellement comme acteurs les opérateurs de télécoms et des fabricants de cartes à puce.

Tracer n’est pas authentifier

Enfin, le plan Big Data de cette année consacre la victoire des opérateurs de télécoms, de l’Internet des objets et des gestionnaires de Data Center et d’applications Cloud, pour résoudre la délicate question de la traçabilité et de l’authentification des produits. L’activité stratégique et lucrative n’est plus dans la fabrication et l’apposition d’une étiquette sécurisée sur le produit mais dans la gestion de la base de données, par un tiers de confiance ou l’État lui même. Le fabricant des produits, le producteur des identifiants/authentifiants ou l’opérateur tiers de confiance (le choix du gestionnaire est l’un des points clés du débat) enregistre les informations dans une base de données. Celle-ci est ensuite mise à la disposition des autorités de contrôle et de l’ensemble des consommateurs qui peuvent vérifier, à partir d’un simple smartphone, l’origine et l’authenticité des produits. 

Certains logisticiens espèrent même s’affranchir d’une authentification forte dès lors que tous les produits sont sérialisés (par un identifiant unique) et tracés à 100 %. Mais rien n’interdit, dans ce cas, à un contrefacteur de reproduire à l’infini le même identifiant (un simple code à barres ou un code 2D type DataMatrix). C’est pourtant la solution retenue par l’industrie européenne des médicaments. Cette dernière mettant en avant que la diffusion des produits se fait uniquement par un réseau de vente certifié, en l’occurrence les pharmacies, qui sont toutes équipées des mêmes terminaux de contrôle raccordés à la même base de données centrale.

La problématique de la traçabilité des produits du tabac est identique même s’il s’agit avant tout pour les États de lutter contre l’évasion fiscale, les marchés gris et la contrebande. La principale différence du tabac avec les médicaments est que l’industrie pharmaceutique ne veut pas, pour des raisons de responsabilité et de santé publique, mettre à contribution les consommateurs pour authentifier ses produits. Elle préfère s’en remettre à la fiabilité et aux compétences du réseau de distribution des officines.

Philippe Collier