Technologies

Traçabilité sécurisée : les propositions de GS1

Écrit par CR38 le . Rubrique: Technologies

Pour contribuer à la lutte contre la contrefaçon GS1 France propose de sécuriser l’infrastructure existante de traçabilité logistique des produits par des données authentifiantes. Convergence.

GS1 France* mène depuis un an une réflexion sur la façon dont les outils et les données actuellement utilisés dans le cadre de la gestion logistique des marchandises pourraient être enrichis pour répondre aux besoins de la lutte anti-contrefaçon et en accroître économiquement l’efficacité. Ce travail se fait en liaison avec l’Afnor et en concertation avec d’autres pays membres de GS1 International. Depuis le mois de mai dernier, les propositions formulées par Laurent Vieille, qui a conduit cette étude sont soumises à la discussion non seulement au sein de la filière commerce/distribution, mais aussi avec des fédérations professionnelles (notamment la pharmacie, ...) et les autorités douanières. Ainsi quatre ans après le lancement du Plan anti-contrefaçon, (lancé par Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances), la France espère toujours apparaître comme leader en la matière. Après de nombreuses hésitations et tergiversations dans la mise en œuvre de ce plan, aujourd’hui les propositions de GS1 France marquent une étape importante avec l’espoir d’une mise en œuvre internationale. GS1 compte, en effet, parmi ses membres plus d’un million d’entreprises dans 140 pays !

> Une approche séduisante

Cette approche séduisante vise à perfectionner le système actuel de traçabilité logistique des produits et non plus à mettre en place un système d’information spécifiquement dédié à la lutte contre la contrefaçon. On sait qu’en la matière la question du coût est déterminante pour tous les acteurs. Il faut savoir, par exemple, que le service logistique de L’Oréal trace 5 milliards de produits par an !

La démarche s’inscrit dans la continuité de la mission Delval, mais en simplifiant l’approche, certains acteurs influents ayant refusé de participer à la mise en place d’un Centre technique opérationnel anti-contrefaçon spécifique. En revanche, GS1 retient l’idée principale qui était de procéder à une immatriculation authentifiante unitaire de tous les produits.

> Tracer n’est pas authentifier

Dans un premier temps, le monde de la traçabilité logistique (jusqu’à présent essentiellement basé sur le code à barres) s’était senti agressé lorsque les spécialistes de la lutte anti-contrefaçon avaient fustigé l’insuffisance de sécurité de leur système et la facilité avec laquelle les contrefacteurs parvenaient à copier, imiter et reproduire les étiquettes et codes d’identification des produits authentiques.

Remarquons cependant que dès l’été 2006, Yves Peurières, le directeur général du Pôle Traçabilité (Valence) reconnaissait que seule la séparation des fonctions d’identification et d’authentification était un gage d’efficacité, notamment pour éviter « les risques de vulnérabilité toujours induits lorsque l’on cumule plusieurs fonctions sur un même dispositif », mais sans pour autant renoncer à trouver des synergies pour minimiser les investissements (voir notre N°16).

Jusqu’à présent « utilisées seules et naïvement les technologies d’identification de GS1 offrent une protection bien faible contre la contrefaçon » reconnaît Laurent Vieille. En revanche, « utilisées de manière cohérente, ces mêmes technologies augmentent le coût de production de la contrefaçon et diminuent le coût du contrôle, permettant d’étendre la lutte contre la contrefaçon aux biens de consommation courante. Affecter un identifiant unique à chaque contrefaçon demande un effort au contrefacteur, mais reste simple ; générer des identifiants uniques qui soient tous reconnus comme valides par le fabricant, peut être aléatoire; générer des identifiants uniques et valides, qui soient cohérents avec les informations de localisation des produits, peut devenir statistiquement impossible. Enfin, des techniques cryptographiques largement diffusées, permettent de combattre la falsification des identifiants.

Les technologies d’authentification permettent de répondre OUI ou NON à la question : « ce produit est-il authentique ? ». Ces technologies peuvent utiliser l’identifiant comme un des éléments authentifiants ; elles peuvent également ne pas l’utiliser. Les responsables de marque gardent la responsabilité et la liberté d’adopter ces technologies d’authentification, en fonction de la nature du produit, de sa valeur et du risque encouru. Les standards GS1 cherchent à faciliter l’utilisation de ces technologies. En effet, l’identification des produits permet à un inspecteur d’orienter rapidement les requêtes d’authentification vers le fabricant et de qualifier ces requêtes de manière précise. De même, les standards GS1 d’écriture et de lecture (codes matriciels 2D, étiquette radiofréquence RFID) peuvent être utilisés pour transcrire des informations aidant à l’authentification. Des outils interopérables peuvent alors être diffusés pour consulter ces informations et les transmettre aux fabricants. »

> Un socle d’interopérabilité

En somme GS1 propose de définir un socle d’interopérabilité complétant les multiples solutions d’authentification actuellement disponibles sur le marché. Il y en aurait plus de 300 selon les experts. Ces techniques permettent aux autorités de contrôle, en particulier les douanes, d’identifier efficacement les lots suspects, puis de faire appel rapidement aux dispositifs d’authentification déployés par les marques. Ce socle s’appuie sur la complémentarité des dispositifs d’authentification avec les solutions d’identification et de marquage proposées par GS1.

Une fois de plus GS1 mise sur la standardisation pour apporter à ses membres des gains économiques importants. Nul doute qu’en s’appuyant sur des investissements déjà réalisés ou bien justifiés par d’autres applications, l’utilisation des standards GS1 permettra de renforcer efficacement la protection des marques au meilleur coût. <

Philippe Collier.

* GS1 est une organisation professionnelle internationale sans but lucratif, qui développe les standards permettant de fluidifier le commerce : identification et traçabilité des produits, dématérialisation des échanges d’information (commandes, factures, catalogues électroniques). www.gs1.fr

 
 

 

> Standardisation

Les trois standards GS1 applicables à la lutte anti-contrefaçon

Les standards GS1 d’identification des produits peuvent être utilisés dans plusieurs scénarios de détection, soit seuls, soit avec les méthodes d’authentification librement adoptées par les industriels avec, par exemple, l’ajout d’un sceau cryptographique.

Les codes GS1 fournissent des méthodes d’identification homogènes utilisables mondialement :

• Le code GTIN identifie les produits : deux unités du même produit ont le même identifiant GTIN ;

• Le code SSCC identifie les unités physiques d’expédition : deux palettes ont des identifiants SSCC différents, même si leurs contenus sont identiques.

• Le code SGTIN ( S pour « serial » ) proposé récemment, identifie chaque unité de produit : deux unités du même produit ont des identifiants SGTIN différents. Il permet une traçabilité unitaire des produits, pour leur localisation ou leur authentification.

> Vers l’Internet des objets

Transcrits sous la forme de codes à barres (difficilement sécurisables), codes matriciels 2D ou étiquettes radiofréquence, ces codes standards rendent interopérables l’écriture et la lecture d’informations sur les produits et documents associés, indépendamment du fabricant ou de l’expéditeur. De plus, GS1 développe actuellement un réseau mondial, capable de gérer la racine de tous les codes produits SGTIN.
L’ONS Root (Object Naming Service) permettra l’accès à toutes les informations relatives à un produit à partir de son identifiant SGTIN. Les personnes autorisées par les fabricants pourront ainsi retrouver les entreprises émettrices de ces codes pour consulter les caractéristiques du produit, son suivi logistique et ses éléments d’authentification.

Par exemple, dès aujourd’hui, les services des douanes utilisent le code SSCC d’identification des unités d’expédition : ce code permet d’associer à une unité physique un ensemble d’informations

 

> En pratique

Six scénarios de mise en œuvre sur le terrain

GS1 propose, à titre d’exemples, au moins six scénarios de mise en œuvre de ses standards pour lutter contre la contrefaçon.

Scénario 1. Vérification de l’unicité des identifiants SGTIN

La présence du même identifiant SGTIN sur plusieurs produits dans un lot inspecté est un indicateur de contrefaçon.

Scénario 2. Vérification de la validité des identifiants

Chaque fabricant dispose de milliards d’identifiants possibles. Mais, à un moment donné, seuls certains identifiants sont valides et d’autres sont non valides. Le contrefacteur est donc dans l’impossibilité de générer des identifiants systématiquement valides.

Scénario 3. Vérification de la localisation attendue du produit

Le réseau GS1 est développé pour permettre notamment d’accéder aux caractéristiques et à la localisation de chaque produit, sous le contrôle de son fabricant. Cette information de localisation peut donc être utilisée pour la lutte contre la contrefaçon : une incohérence de localisation est un indicateur de contrefaçon. C’est le cas, par exemple, si le produit contrôlé par les douanes est indiqué comme déjà vendu, ou bien comme stocké dans un entrepôt très éloigné, ou bien a déjà été contrôlé la veille à un poste de douanes, etc. Les scénarios 1,2 et 3 se renforcent mutuellement : il est très difficile à un contrefacteur de générer des identifiants différents, tous valides, et ne conduisant pas à des incohérences manifestes lors de la vérification de la localisation attendue d’un lot.

Scénario 4. Intégrité des identifiants et certification d’origine.

Les codes imprimés et les étiquettes RFID sont faciles à copier et à falsifier. Ils ne sont donc pas, intrinsèquement, des éléments fiables d’authentification. C’est pourquoi, les industriels peuvent utiliser des méthodes de cryptographie asymétrique pour garantir l’intégrité des identifiants et certifier l’origine du produit. Ces méthodes sont largement utilisées, notamment pour éviter la falsification des passeports récents. Tout d’abord, un « sceau cryptographique » est généré en signant les données d’identification du produit ; ensuite, ce sceau est imprimé sous la forme d’un code matriciel ou écrit dans une puce radiofréquence ; enfin, l’examen de ce sceau permet de vérifier que les données n’ont pas été modifiées (« intégrité »), et de « certifier » qu’il a été mis en place par le fabricant ou l’expéditeur désigné. De même, la conformité technique d’un produit est importante pour garantir la sécurité des personnes. Des « sceaux cryptographiques » pourraient garantir l’intégrité des certificats de conformité. Les scénarios 1,2, 3 et 4 se renforcent mutuellement. Par ailleurs, ces scénarios combinés peuvent être mis en œuvre pour un coût unitaire quasi-nul : des opérations logicielles et l’impression d’un code matriciel suffisent.

Scénario 5. Authentification des produits

Combinés, les scénarios 1, 2, 3 et 4, rendent virtuellement impossible la production de faux identifiants, mais n’empêchent pas le transfert d’une étiquette ou la copie d’un code matriciel. Ces scénarios ne permettent donc pas de garantir l’authenticité d’un produit. Les dispositifs d’authentification sont variés : hologrammes, techniques optiques visibles ou cachées (UV, micro-impressions), matérielles (ADN, fil spécial tissé), électromagnétiques, cryptographiques, etc. Cette variété offre au fabricant le choix de la méthode qui convient le mieux à son produit et au risque encouru. Cependant, les services de douanes peuvent parfois rester dans l’ignorance de la technique utilisée, s’ils n’ont pas été correctement informés par les fabricants.

GS1 propose d’associer à l’identifiant du produit une « information d’authentification », propriété du fabricant. Cette « information d’authentification » permet de déterminer la procédure d’authentification à suivre. Les services de contrôle et les personnes autorisées disposent d’outils homogènes pour lire les identifiants et pour consulter les fabricants afin de vérifier l’authenticité du produit.

Scénario 6. Criminalisation de la contrefaçon ?

La criminalisation de la contrefaçon et sa qualification au pénal sont requises lorsque, par exemple, la contrefaçon met en danger la santé ou la sécurité des consommateurs. Les techniques d’authentification mentionnées comme, par exemple, la falsification d’éléments d’authentification ou de sceaux cryptographiques, pourraient à l’avenir constituer « un objet preuve » utilisable dans le cadre d’une action au pénal. Comme est poursuivie la falsification des billets de banque.