Un portail web pour analyser les flux maritimes mondiaux

Écrit par © Filactu le . Rubrique: Chiffres et indicateurs

Mis au point par le laboratoire Géographie-cités (1), GeoSeastems visualise l'évolution des routes maritimes suivies par les navires à travers le monde, avec toutes les données associées sur les navires et les ports, de la fin du 19e siècle jusqu'à nos jours. Grâce à ses fonctions d'analyse, il fournit, à la demande, des cartes et des graphiques aux chercheurs et experts en géographie, économie, histoire, démographie. Et devient même un instrument de diffusion des connaissances auprès du grand public.

Quel a été l'impact de la décolonisation en Afrique sur les flux maritimes mondiaux ? Comment la Corée du Nord a-t-elle réorienté ses échanges par voie de mer après la disparition du bloc soviétique ? Quel lien existe-t-il entre le trafic du port de Londres et la transformation de l'activité économique de la ville à partir de la fin du 19e siècle ? A ces questions, qui intéressent historiens, économistes ou démographes, le portail web GeoSeastems propose des réponses sous la forme de cartes et de graphiques. Un outil qui, pour la première fois, visualise et analyse l'évolution du trafic maritime mondial en s'appuyant sur des données précises : le recensement des mouvements des navires à l'échelle mondiale par la Lloyd's, la compagnie d'assurance britannique, de 1880 à nos jours.

« Nous travaillons avec un matériau inédit, qui mentionne les escales, le type de bateau et de cargaison, les tonnages, et qui dormait dans des bibliothèques britanniques. Notre premier objectif a été d'en faire une base de données numérique », raconte César Ducruet, chercheur au laboratoire Géographie-cités1 et qui pilote le développement de GeoSeastems, dans le cadre du projet ERC World Seastems.

Au départ, la vocation était purement scientifique : combler le manque de connaissances sur l'évolution des routes maritimes mondiales. Pour rapidement bifurquer vers le développement d’un outil exploitant ces connaissances, et les diffuser. C'est ainsi qu'est né le projet d'un portail web ouvert aux chercheurs, aux enseignants et aux étudiants, et qui intéresse aujourd’hui des institutions comme l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Banque mondiale.

Flux-maritimes Geoseastems

Pour créer GeoSeastems, César Ducruet s'est entouré d'une équipe pluridisciplinaire. Des géographes, bien sûr, mais aussi des informaticiens, des spécialistes de la géomatique (la gestion des différentes couches d'information d'une carte numérique) et des systèmes d'information géographique, sans oublier des mathématiciens pour le traitement statistique et l'analyse des réseaux. « Il a également fallu trouver un expert de la reconnaissance optique de caractères (OCR) qui savait numériser des documents anciens », précise César Ducruet.

Le résultat est un outil qui visualise les routes maritimes suivies par les navires, à une date donnée ou sur une période choisie, en figurant le nombre de trajets, le nombre d'escales dans un port, et même la répartition entre navigation à voile et à vapeur. L'évolution des réseaux de routes est analysée par des méthodes issues de la théorie des graphes. « La capacité d'analyse offerte par GeoSeastems permet de vérifier des hypothèses, de susciter des questions nouvelles, voire de remettre en cause des idées reçues », affirme le responsable du projet. Ainsi, sur la migration de la voile vers la vapeur, l'outil a confirmé que ce sont bien les ports sud-américains et australiens qui ont basculé en dernier. Alors qu’il est généralement admis que le transport par conteneurs a fortement contribué à concentrer le trafic maritime sur quelques grands ports à partir des années 1960, GeoSeastems révèle que cette concentration a en fait commencé dès l'après-guerre. Ce qui invite à rechercher d'autres causes à cette mutation. Une autre idée reçue démolie par GeoSeastems : le trafic du port de Londres n’a pas fortement décru sur le dernier siècle, si l'on prend en compte la trentaine de ports qui se sont excentrés sur la Tamise.

Les fonctions de base du portail, aujourd'hui opérationnelles, ont été réalisées avec des outils logiciels open source (langage Python, serveur web Apache). Une dernière étape reste à franchir : en faire un outil interactif facilement manipulable par des publics variés. La Cité de la Mer de Cherbourg envisage de proposer aux visiteurs un outil de visualisation des routes maritimes qui s'appuiera sur GeoSeastems. <
 
(1) CNRS/Université Paris-Diderot/Université Panthéon-Sorbonne.
 http://www.parisgeo.cnrs.fr/

Source lettre CNRS innovation N°31
http://www.cnrs.fr/lettre-innovation/autres.php