D’où viennent les contrefaçons chinoises ?

Écrit par CR36-37 le . Rubrique: Contrefaçon

Tenter de cerner l’origine de la contrefaçon chinoise est un réel défi, tant elle est omniprésente dans tous les secteurs d’activité. Pignon sur rue.

 Premier constat, la contrefaçon ne concerne pas que les grandes marques à forte notoriété, mais tous les produits de la vie courante, même bas de gamme. Ce qui fait dire au commissaire Philippe Ménard de la PJ que « la lutte contre la contrefaçon est une activité de mineur car plus l’on creuse, plus l’on trouve », mais impossible dans ces conditions de faire le portait robot du contrefacteur type.

CR36-Carte-Chine-new_fmtGlobalement les grandes marques implantées depuis longtemps en Chine, avec des unités de productions, sont mieux armées pour identifier les contrefacteurs et faire valoir leurs droits. Encore que les exemples de Schneider Electric et de Danone montrent qu’elles ne sont pas à l’abri de déboires avec leurs partenaires chinois. Les contentieux liés à la propriété intellectuelle tendent à se durcir, mais pour les grandes marques ceux-ci se traitent devant les tribunaux car ils concernent des entreprises qui ont « pignon sur rue ».

Évidemment, les contrefacteurs sont d’autant plus faciles à identifier qu’ils ont besoin d’usines et d’équipements lourds pour produire en série. C’est notamment le cas dans les domaines de l’automobile, de l’électrotechnique, de l’électroménager (voir ci-après l’article sur le Groupe SEB).

En revanche dans beaucoup d’autres secteurs, comme le textile, le jouet, la maroquinerie, les médicaments, les spiritueux, la plomberie-robinetterie... la contrefaçon émane d’une multitude de PME. Il peut aussi s’agir d’une contrefaçon rampante et souterraine, à base d’activité non déclarée faisant appel au travail clandestin. Dans ce cas, il y a de réelles difficultés d’enquête pour accumuler des preuves et remonter les filières. L’efficacité des moyens d’action légaux devient alors plus aléatoire.

> Spécialités régionales

La surveillance des foires et salons régionaux permet de concentrer les actions sur les acteurs (fabricants, sous-traitants, grossistes) les plus importants avec comme priorité le retrait effectif des marchandises du marché — ce qui n’est pas toujours facile à obtenir — et dans une moindre mesure la destruction des outils de production.

Ainsi, la région de Canton est spécialisée dans le textile ; celle de Fuzhou dans les chaussures ; Ningbo dans la plasturgie ; Shanghai et Tianjin dans les industries électriques... Dans son livre sur l’économie de la contrefaçon (1), Tim Philips précise en outre que la ville de Chaosan, dans la province de Guangdong, est connue pour ses contrefaçons de produits pharmaceutiques, électroniques, cigarettes et CD. La ville de Wenzhou et le delta de Pearl River sont spécialisés dans les pièces automobiles ; la région de Yuxiao est experte dans la fabrication de fausses cigarettes et la ville de Jintan dans les pesticides. Quant au complexe China Small Commodities City de Yiwu, à 5 heures de voiture de Shanghai, c’est le temple de la contrefaçon. Ce marché permanent réunit 200 000 acheteurs, 30 000 grossistes et 3 500 distributeurs qui proposent environ 100 000 produits ; 2 000 tonnes de marchandises sont écoulées chaque jour. L’unité de base des commandes étant le container.

> Filtrer les sorties

Dans tous les cas, il faut privilégier les bonnes relations avec les administrations centrales et locales. Un gage d’efficacité supplémentaire serait même, pour obtenir de bons résultats sur le terrain, d’embaucher d’anciens fonctionnaires Chinois connaissant bien les arcanes administratifs. Dans ce contexte, il ne faut pas hésiter à former les douaniers et à déposer des demandes d’intervention. Le problème est que la douane chinoise est débordée. Elle gère plus de 11 000 demandes d’intervention et contrôle plus de 400 points de sortie.

L’important est donc, selon la nature des marchandises, de cibler l’action sur les ports et aéroports les plus importants. Citons notamment pour le maritime : Tianjin, Quingdao, Shanghai, Ningbo, Xiamen, Wenzhou, Shenzhen. <

Philippe Collier