Interview de Philippe Van Eeckhout / Président de ContrAtak

Écrit par CR24 le . Rubrique: Interviews

« Il faut faire flèche de tout bois »

Contrefaçon Riposte : Avocat spécialisé en propriété industrielle, vous avez été responsable anti-contrefaçon chez LVMH, pour la région Asie-Pacifique, et, auparavant, responsable monde chez Bic. Début 2006, vous avez créé la société de consulting ContrAtak, spécialisée dans la lutte contre les contrefaçons. Quels sont vos marchés de prédilection ?

Ph-Van-Eeckhout_fmtPhilippe Van Eeckhout : ContrAtak intervient pour éradiquer la contrefaçon dans tous les secteurs et dans tous les pays, aussi bien pour de grands groupes que de petites entreprises. Parmi les secteurs les plus actifs, il y a bien sûr le luxe, les parfums et les cosmétiques, mais aussi l’automobile, les appareillages électriques et le textile.

Nous intervenons généralement en deux temps : le premier consiste à réunir le maximum d’informations et d’éléments de preuves sur les contrefacteurs. Le plus difficile est toujours de les localiser, surtout dans un grand pays comme la Chine. Ensuite, nous assistons nos clients dans toutes les démarches auprès des autorités locales pour engager des raids, faire saisir et détruire les marchandises.

J’insiste sur le fait que nous avons une politique de coûts directement liée aux résultats objectifs que nous obtenons. Nous partageons ainsi les risques avec nos clients. Mais paradoxalement, pour le moment, les entreprises étrangères nous font plus volontiers confiance que les entreprises françaises.

Contrefaçon Riposte : N’est-ce pas justement un peu risqué dans des pays où les contrefacteurs ne sont pas solvables et où les procédures n’aboutissent jamais à des dommages et intérêts ?

Philippe Van Eeckhout : Nos actions ne visent pas prioritairement l’obtention de dommages et intérêts, l’objectif des entreprises victimes est surtout de faire saisir et détruire les marchandises illicites. Je voudrais casser cette image selon laquelle il serait impossible de mener des actions en Asie. Et, en particulier, que l’on ne peut rien faire en Chine, que ça coûte très cher et que ça n’aboutit à rien. C’est faux !

Si vous avez des droits de propriété intellectuelle valides en Chine – un préalable, il est vrai, que beaucoup d’entreprises négligent –, il n'y a aucun problème pour les faire respecter et agir efficacement. Le plus difficile n’est pas l’action administrative ou judiciaire mais, encore une fois, de réunir les preuves. En Chine, vous pouvez obtenir auprès de l’Administration de l’industrie et du commerce (AIC) un raid dans la journée. En 2005, l’AIC a mené 50 000 actions, dont seulement 7 000 à la demande de sociétés étrangères.

Contrefaçon Riposte : Vous avez été l’un des initiateurs du programme Land Lord chez LVMH, qui a permis de faire condamner les propriétaires des murs du fameux Marché de la soie, à Pékin. Pensez-vous que cette démarche puisse s’appliquer aux hébergeurs de services Internet qui vendent des produits contrefaisants ?

Philippe Van Eeckhout : Le Land Lord Program a donné d’excellents résultats sur les deux plus importants marchés de Pékin : l’HongQiao Market, qui a immédiatement négocié, et le Silk Market, qui a été condamné après seulement deux années de procédures. J’ai toutes les raisons de penser que cette démarche pourrait faire jurisprudence dans le domaine virtuel. S’il est possible de demander à un propriétaire de faire lui-même la police, ceci devrait s’appliquer à tous les hébergeurs d’activités illicites. L’idée à retenir est que, en matière de lutte anti-contrefaçon, il faut faire flèche de tout bois. Là où le droit de la propriété intellectuelle est difficile à appliquer, il faut utiliser toutes les ressources du droit civil, du travail, de l’environnement, de l’immobilier, du commerce...

Propos recueillis par Philippe Collier