Interview de Philippe Jean-Baptiste / Vice-président du conseil de surveillance de la Mécanique aéronautique pyrénéenne (MAP)

Écrit par CR22 le . Rubrique: Interviews

« Le trafic de fausses pièces aéronautiques est appelé à se développer à l’avenir »

Contrefaçon Riposte : À l’occasion d’un débat sur les risques et les menaces de la contrefaçon, qui s’est tenu en 2006 au Sénat, vous avez déclaré que 2 à 4 % des 26 millions de pièces détachées aéronautiques utilisées dans le monde chaque année sont des contrefaçons. Ça fait froid dans le dos.

CR22-Jean-Baptiste_fmtPhilippe Jean-Baptiste : Dans ce secteur restreint, il faut distinguer plusieurs phases dans la contrefaçon. Il existe tout d’abord une forme de brigandage, qui voit des pays « exotiques » vendre à des brokers des contrefaçons de pièces, lesquelles sont ensuite intégrées au circuit officiel. Ces brokers (situés pour 80 % d’entre eux aux États-Unis) revendent ces pièces, accompagnées de certificats « quasi authentiques », à des sociétés de maintenance dans le monde entier. Celles-ci les intègrent ensuite aux avions qui leur sont confiés, en ignorant la plupart du temps leur nature contrefaisante. Certains pilotes ont dénoncé ces dysfonctionnements, se plaignant de ne pouvoir connaître le véritable niveau de sécurité des appareils sur lesquels ils volent. Le principal problème, dans ce contexte, est celui du sous-effectif chronique des autorités de l’aviation civile, qui les empêche d’enquêter efficacement sur ces trafics. Ce qui est d’autant plus inquiétant que ce type de fraude est appelé à se développer à l’avenir.

Contrefaçon Riposte : Peut-on établir un lien entre le développement des compagnies low-cost et celui de la contrefaçon ?

Philippe Jean-Baptiste : Avec le développement des compagnies low-cost, les clients trouvent normal de ne payer qu’un euro leur billet d’avion (en dehors des taxes aéroportuaires). La qualité générale du service offert par les compagnies d’aviation s’en ressent forcément. Pour autant, aucune compagnie low-cost ne va sciemment utiliser des pièces contrefaisantes, car cela reviendrait à saboter son propre commerce si un tel comportement était révélé. En revanche, par leur recherche d’économies maximales, ces compagnies peuvent entrer en contact avec des prestataires de service moins fiables, qui peuvent eux-mêmes utiliser des contrefaçons. Ce risque est d’autant plus grand que, pour la plupart des pièces, les constructeurs eux-mêmes sont à peu près incapables de distinguer, parmi les débris d’un appareil qui s’est écrasé, leurs produits des copies.

Contrefaçon Riposte : Les pièces de rechange aéronautiques sont elles suffisamment contrôlées ?

Philippe Jean-Baptiste : Il faut d’abord rappeler que tous les contrats conclus aujourd’hui par les deux principaux constructeurs aéronautiques avec les grands pays émergents prévoient l’installation de chaînes de montage dans ces pays, ce qui augmente de façon significative le risque de contrefaçon puisque cela conduit en quelque sortre à mettre les produits à la disposition des contrefacteurs.

Le contrôle est également rendu plus difficile dans la mesure où seules les entreprises qui fabriquent les pièces sont certifiées (et non les produits eux-mêmes). Rien n’empêche donc un producteur qui a obtenu la certification d’une autorité de l’aviation civile de produire et de mettre en vente des contrefaçons présentées comme des produits certifiés.

N. B. : Selon les statistiques établies par le Bureau d’archives des accidents aéronautiques (BAAA) de Genève, la tendance globale est à la réduction du nombre des victimes depuis dix ans. En 2006, les accidents d’avion ont fait 1 292 morts dans le monde, soit 11 % de moins qu’en 2005. Précisons que le BAAA ne prend en compte que les accidents d’appareils transportant au moins six passagers en plus de l’équipage et que les hélicoptères, les ballons, les montgolfières, les dirigeables, les planeurs, les avions de chasse ne sont pas comptabilisés.

Propos recueillis par Philippe Collier