Interview de Marc-Antoine Jamet / Président de l’Union des Fabricants

Écrit par CR08 le . Rubrique: Interviews

« Il est urgent de mettre l’UE au standard des dispositions françaises »

Contrefaçon Riposte : Vous présidez l’Unifab depuis cinq ans. Comment jugez-vous l’évolution de la lutte anti-contrefaçon en France ?

Marc-Antoine-Jamet_fmtMarc-Antoine Jamet : En acceptant cette fonction, j’avais trois objectifs : faire prendre conscience au plus grand nombre de l’importance du problème et de la nécessité de le combattre ; faire connaître et valoriser le travail des acteurs de ce dossier ; faire œuvre de pédagogie et de vulgarisation auprès des médias, des entreprises et des consommateurs. Sur tous ces points, l’évolution a été, je crois, considérable.

Nous avons réussi à créer une dynamique à travers un partenariat public-privé exemplaire. Les entreprises victimes et les administrations travaillent dans un climat de confiance réciproque. Grâce à l’écoute des différents gouvernements, nous avons pu montrer aux ministres concernés la réalité du terrain. Concrètement, l’Unifab s’est, par exemple, fortement impliquée dans l’élaboration des onze mesures du plan gouvernemental anti-contrefaçon adopté en juin 2004, et nous constatons chaque jour les résultats de notre action commune sur le terrain.

Pour autant, l’ensemble de ces actions ne semble pas encore se traduire par un reflux de la contrefaçon. Que reste-t-il à entreprendre ?

M.-A. J. : La contrefaçon est un fléau millénaire, et nous avons conscience qu’il sera difficile de l’éradiquer, mais l’efficacité de la lutte progresse chaque jour à grands pas. C’est le résultat de trois prises de conscience successives-: tout d’abord, la sensibilisation des entreprises est en voie d’achèvement. Elles ont désormais la volonté de réagir au lieu de subir. Ensuite, la criminalisation de cette délinquance, jusqu’à présent trop banalisée, a permis une prise de conscience générale, et les sanctions ont notamment été renforcées. Nous avons maintenant les moyens de nous attaquer directement à l’outil de production et au patrimoine des trafiquants. Enfin, le principal levier sur lequel il faut désormais agir est celui de l’opinion et du comportement des consommateurs. S’il n’y a plus de demande, la contrefaçon s’essoufflera d’elle-même. C’est l’objectif de la campagne de communication que lancera prochainement le Comité national anti-contrefaçon (Cnac), à laquelle l’Unifab participe activement.

L’efficacité de la lutte tient aussi au renforcement des coopérations internationales. Quel est votre diagnostic en la matière ?

M.-A. J. : La lutte serait vaine sans une étroite coopération avec les pays à l’origine de la contrefaçon. Par exemple, nous entretenons d’excellentes relations avec nos homologues italiens de l’association Indicam, avec lesquels nous coopérons au sein du Comité bilatéral franco-italien, dont les travaux avancent positivement et qui voient les municipalités de la péninsule enfin sortir de leur torpeur. De même, nous œuvrons pour la mise en place rapide d’un comité franco-chinois, nous avons signé un protocole d’accord avec les douanes polonaises et nous avons organisé plusieurs séminaires de sensibilisation en Asie et en Amérique du Sud.

Nous intervenons aussi auprès de l’Union européenne sur différents sujets, notamment, avec l’AFEP (Association française des entreprises privées), pour corriger le projet de directive sur les sanctions pénales. Celui-ci comporte plusieurs points inacceptables, comme la notion de seuil ou le fait que la charge de la preuve incombe aux ayants droit. Il est urgent de mettre l’Union au standard de la loi Longuet et des dispositions françaises.

Nous nous félicitons aussi de la mobilisation des grandes entreprises mondiales au sein de la Chambre de commerce internationale, et nous participons activement au programme Bascap (Business Action to Stop Counterfeiting and Piracy), dont l’objet est de peser sur les gouvernements et les administrations.

Quelles sont vos priorités d’action pour 2006 ?

M.-A. J. : Le calendrier est chargé dès la fin de cette année-: inauguration de l’exposition sur la contrefaçon à l’Assemblée nationale, discussions sur le projet de loi anti-contrefaçon, comité anti-contrefaçon à Casablanca, comité franco-italien à Paris…

Un autre point nous préoccupe particulièrement : les sites Internet de e-commerce et de ventes aux enchères, qui favorisent la diffusion de produits contrefaisants. Nous avons engagé le dialogue avec les acteurs et nous souhaitons aboutir rapidement à la mise en place d’un code de bonne conduite. Le législateur se montre encore trop frileux à l’égard des hébergeurs, des opérateurs de moyens de paiement et des transporteurs express qui contribuent à la commercialisation du faux sur Internet.

En janvier prochain nous inaugurerons une exposition sur le sport au musée de la Contrefaçon; en mars, nous organiserons le 11e Forum européen de la propriété intellectuelle, et en juin, la Journée nationale anti-contrefaçon. En 2005, l’opération de sensibilisation des enfants avec l’édition spéciale anti-contrefaçon du journal Mickey, réalisé en partenariat avec Disney, a été un succès (tirage 30 000 exemplaires). La fréquentation du musée de la Contrefaçon a augmenté de plus de 50-% à cette occasion. L’Unifab renouvellera aussi, pour la quatrième année consécutive, sa campagne d’été avec des actions d’information auprès des touristes sur les plages, dans les hôtels et les aéroports.

Propos recueillis par Ph. C.

 

Carte d’identité de l’Union des Fabricants

- Association loi 1901, créée en 1872 et reconnue d’utilité publique dès 1877

- 400 membres sont répartis en trois groupes : les grandes entreprises exportatrices, les entreprises de luxe et de création (dont beaucoup de PME), les organismes professionnels

- Adhésion à partir de 400 euros

- Les travaux sont conduits au sein de groupes de travail constitués en fonction de l’actualité et des préoccupations de ses membres

- Animation du Musée de la Contrefaçon (12 000 visiteurs par an)

- Effectif : 10 personnes

- Bureaux étrangers : Pékin, Tokyo

- Site Web : www.unifab.com

- Activité annexe : Création, en 1998, du Groupement global anti-contrefaçon (GACG ), qui réunit 17 associations internationales (www.gacg.org)