Interview de Laurent Signoret / Responsable anti-piratage Microsoft France

Écrit par CR05 le . Rubrique: Interviews

« La loyauté est récompensée »

Contrefaçon riposte : la piraterie n’est-elle pas simplement la conséquence d’un manque de protection des logiciels ?

Laurent-Signoret_fmtLaurent Signoret : c’est une question de compromis. entre le niveau de protection, son prix et les contraintes surtout pour les professionnels qui gérent des centaines de postes. Par ailleurs, ces protections sont d’une efficacité relative car sytématiquement attaquées. Dans un proche avenir les protections « hardware », intégrées au processeur, seront beaucoup plus efficaces sans être un fardeau pour l’utilisateur.

Pour l’instant, il faut mieux se battre sur d’autres terrains. En particulier, faire prendre conscience aux utilisateurs que les logiciels sont des actifs de valeur et qu’ils doivent apprendre à gérer cet investissement. Aussi plutôt que de mettre l’accent sur la répression nous préférons récompenser la loyauté.

Contrefaçon riposte : quels types d’avantages clients allez-vous offrir ?

Laurent Signoret : après 6 mois de tests, Windows Genuine Advantage (WGA) sera généralisé cet été. Son principe consiste à creuser l’écart entre l’original et la copie afin de générer plus de demandes pour l’original. En d’autres termes, pas de service vidange/graissage pour les voitures volées et nous réservons désormais le service après-vente uniquement à ceux qui ont une licence. L’idée est d’accroître la valeur du produit tout au long de sa durée de vie, soit, en offrant des cadeaux ; soit, en demandant de montrer patte blanche pour accéder aux mises à jour et téléchargements. En revanche, les correctifs de sécurité critiques resteront libres d’accès à tous sans vérification.

Contrefaçon riposte : quelles sont vos cibles prioritaires en matière de lutte ?

Laurent Signoret : selon l’étude IDC/BSA 2004, le taux moyen de piratage est de 45 % en France contre 29 % en Angleterre et 30% en Allemagne. Ce taux varie selon les segments. Notre stratégie anti-piratage se focalise particulièrement sur les réseaux de distribution et sur les petites et moyennes entreprises.

Microsoft compte en France 8 000 revendeurs actifs dont 1-500 intégrateurs de PC. Ces derniers sont systématiquement contrôlés à 100 % chaque année. Chez les professionnels de l’informatique nous chassons avec une très grande sévérité tous les comportements déloyaux. Certains moutons noirs ayant tendance à installer des versions copiées de Windows pour vendre plus de machines. Nous faisons aussi la chasse aux faux grossistes et aux revendeurs véreux qui vendent sur Internet des versions pirates de Windows et d’Office.

Mais 2/3 des fraudes proviennent du sentiment d’impunité qui règne dans beaucoup de petites et moyennes entreprises. Notre stratégie avec ces entreprises est avant tout celle du dialogue. Nous accordons au client le bénéfice du doute. La pédagogie est payante. Les dirigeants sont sensibles aux risques légaux, financiers et techniques auxquels ils s’exposent, mais aussi et surtout aux conséquences pour la réputation de leurs entreprises.

Contrefaçon riposte : combien de procédures engagez-vous chaque année ?

Laurent Signoret : Microsoft France gère en permanence un volant de 30 à 40 dossiers. En 2004 nous avons obtenu 20 condamnations de revendeurs indélicats. La plus importante a été de 6 mois de prison avec sursis et 100 000 € d’amende. Nous faisons une large publicité de ces jugements afin de dissuader.

Contrefaçon riposte : quel est le préjudice ?

Laurent Signoret : On estime qu’une baisse de 1 % du taux de piratage en France représenterait 15 à 20 millions d’euros de chiffre d’affaires supplémentaire pour Microsoft France.

 

Propos recueillis par Philippe Collier