Technologies

Motivation croissante pour la traçabilité sécurisée

Écrit par CR43 le . Rubrique: Technologies

De plus en plus, les fabricants se préoccupent de la sécurisation de leur supply chain. Pour cela, les prestataires techniques doivent apporter des solutions globales et interopérables. Coopération.

La mobilisation générale contre la contrefaçon conduit les gouvernements et les professions les plus exposées à mettre en place des mesures préventives pour garantir l’authenticité des produits.

Préserver l’intégrité de la chaîne logistique devient une priorité dans les secteurs sensibles, où la responsabilité des fabricants peut être mise en cause, comme dans la pharmacie et l’agroalimentaire où les risques sanitaires sont importants, mais aussi dans les domaines industriels où les produits (automobiles, jouets, électricité) peuvent présenter des dangers pour la sécurité des consommateurs.

De ce point de vue, la situation évolue favorablement à la fois sous la pression de la législation mais aussi du contexte économique : en période de difficulté chaque part de marché compte et doit être protégée. La lutte contre la contrefaçon, la fraude et les marchés parallèles, est prioritaire pour préserver les emplois et déjouer toutes les formes de concurrence déloyale. De même, dans des domaines, comme le tabac ou les alcools, les États et l’Europe se mobilisent contre la contrebande qui engendre des pertes fiscales importantes. Enfin, les gouvernements associent la lutte anti-contrefaçon à leurs plans de relance pour protéger l’innovation et préserver la croissance future.

Si jusqu’à présent, les entreprises étaient relativement frileuses à s’engager individuellement dans l’adoption des technologies anti-contrefaçon, dont elles ne voyaient pas immédiatement la rentabilité, elles semblent aujourd’hui prêtes à s’associer à des initiatives collectives, sectorielles et professionnelles d’envergure internationale. Car il est évident qu’aucun acteur en particulier ne détient à lui seul la vérité ni les moyens d’enrayer le fléau. Il s’agit donc d’organiser la coopération et la mutualisation des moyens d’action.

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Médicaments : l'Europe utilise pas moins de dix systèmes de codification différents

> Deux cas exemplaires

C’est ainsi que l’ensemble de la filière des vins espagnols a récemment décidé (Voir CR N° 39) que l’ensemble de ses 2,3 milliards de bouteilles produites chaque année serait tracé et authentifié. Une démarche ambitieuse qui s’inscrit dans la volonté de garantir l’intégrité, la sécurité et la qualité d’une production européenne de plus en plus soumise à la concurrence internationale. Mais aussi de prévenir les risques importants de contrefaçon qui existent dans la conquête des nouveaux marchés asiatiques.

L’autre grande initiative européenne concerne le secteur des médicaments. Depuis 2007, un groupe de travail de l’EFPIA (European Federation of Pharmaceutical Industries dans Associations), travaille à l’élaboration d’un système unique de codage normalisé des médicaments destinés à palier l’introduction des contrefaçons dans les circuits de distribution, en particulier lors des opérations de reconditionnement.

Actuellement 10 systèmes différents coexistent en Europe (avec différents types de codes barres et avec ou sans identification unique des emballages). Cette fragmentation fragilise les contrôles et constitue un coût substantiel pour l’industrie pharmaceutique.

À cet effet, EFPIA a opté pour une codification 2D-Datamatrix capable de contenir plus de 3 000 caractères numériques ou plus de 2 300 caractères alphanumériques. Celui-ci permet d’encoder : le code produit (GTIN), le numéro de lot, la date d’expiration et le numéro de série du médicament, rendant la traçabilité beaucoup plus efficace.

La législation française (arrêté du 16 mars 2007) prévoit l’application d’un tel dispositif dès le 31 décembre 2010. Tandis qu’au niveau européen, la Commission a annoncé le 10 décembre 2008, le renforcement de la directive 2001/83/EC visant à protéger et sécuriser la chaîne logistique des médicaments. Cette nouvelle législation devrait être adoptée en 2009/2010.

> Des difficultés sous-estimées ?

L’exemple des États-Unis, (qui représentent 40 % de la consommation mondiale de médicaments), montre toutefois que la route est longue entre l’annonce d’un projet et sa mise en œuvre. Après sa recommandation, dès 2004, d’utiliser la RFID, puis avoir admis le choix du Datamatrix en 2006, la FDA américaine ne proposera un standard d’identification des médicaments qu’en 2010. Entre-temps, le Safeguarding America’s Pharmaceuticals Act (HR 5839) de 2008 recommande l’utilisation, au niveau fédéral, d’un « pedigree électronique » (e-pedigree) sécurisé. Mais la plus grande confusion règne quant à son application. La Californie, le premier État à légiférer sur le sujet, ne cesse de repousser son déploiement. Celui-ci, prévu initialement pour 2009, puis pour 2011, vient finalement d’être repoussé aux années 2016/2017 !

D’ici là, l’Europe a sans doute une carte à jouer. Même si l’EFPIA prend du retard dans le lancement de son projet pilote qui devait être initié au début de cette année. Au mieux, l’expérimentation débutera au second trimestre en Allemagne ou en Suède... Pour le moment, l’EFPIA ne veut rien dire plus, annonçant qu’elle communiquera abondamment sur le sujet, en mai prochain, lors de sa réunion annuelle qui se tiendra à Séville (Espagne).

Ceci montre qu’au-delà des problèmes techniques, il est difficile pour un secteur professionnel de faire émerger un consensus qui engage toutes les parties prenantes : industrie pharmaceutique, grossistes, distributeurs, pharmaciens, autorités sanitaires, tiers de confiance... Le modèle global européen doit à la fois être normatif mais aussi laisser à chaque intervenant une liberté de choix et d’adaptation sans compromettre la sécurité globale. Ce qui n’est pas sans poser des problèmes complexes de gouvernance. Le système doit ensuite être géré collectivement au niveau de chaque État en tenant compte des spécificités nationales. Un vrai casse-tête.

Dans ce contexte chaotique les fournisseurs de solutions techniques doivent faire preuve d’une grande souplesse et de beaucoup de patience. Il ne s’agit plus pour eux de proposer uniquement aux entreprises une technologie d’authentification fiable et économique mais de pouvoir l’intégrer dans un système complet qui offre un service de bout en bout.

> Associer identification standard et authentification personnalisée

Ainsi les multiples solutions d’authentification propriétaires doivent désormais être compatibles et interopérables avec les différents systèmes coopératifs et fédérateurs conçus pour répondre aux besoins spécifiques des professions.

Laurent Vieille, responsable de l’offre traçabilité sécurisée à GS1 France, (voir CR N° 38) constate que les esprits évoluent favorablement. « Si l’importance de marier identification et authentification n’était pas évidente pour beaucoup d’entreprises, encore l’année dernière — la plupart des acteurs considérant alors que la lutte anti-contrefaçon relevait uniquement des services juridiques — ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les présentations que nous faisons régulièrement portent leurs fruits. Ainsi récemment, une réunion organisée dans le cadre du CNAC a rencontré un vif intérêt et d’autres concertations sont en cours avec les professionnels des cosmétiques et des spiritueux, par exemples. »

GS1 France met actuellement en place un consortium de fournisseurs techniques, réunissant ATT, Prooftag, SERES (groupe La Poste) et SICPA, pour démontrer, à travers un pilote, l’interopérabilité de leurs solutions d’authentification avec les standards largement répandus de GS1.

De son côté, GS1 Allemagne développe un système visant à sécuriser la distribution des pièces automobiles. Il semble ainsi que, petit à petit, se dessine la mise en place d’une infrastructure internationale de traçabilité sécurisée, qui pourrait bénéficier, à terme, à tous les secteurs et à toutes les entreprises. <

Philippe Collier.