Technologies

Un procédé de formulation d’authentifiants à réponse immédiate

Écrit par CR66 le . Rubrique: Technologies

Créée, en 2005, cette start-up réunit désormais tous les atouts pour réussir son décollage.

Comme l’expliquent Claude Lambert et Jean-Michel Hachin, cofondateurs de Tracing Technologies*, « ces cinq premières années ont été à la fois stimulantes et éprouvantes car, pour lancer ce projet il a fallu être sur tous les fronts, à la fois, poursuivre le développement de la technologie, veiller à bien verrouiller la propriété industrielle et faire des démonstrateurs pour convaincre. »

Jusqu’à présent, Tracing Technologies (Levallois-Perret) a déjà investi pas moins de 600 000 euros pour : mettre au point son procédé d’authentification « dont l’originalité est de permettre une vérification instantanée » ; développer un lecteur optique spécifique ; déposer 5 brevets mondiaux et démontrer à l’industrie la pertinence de l’approche.

Le métier et le savoir-faire de Tracing Technologies résident non pas dans la fabrication de la matière première des traceurs (notamment les terres rares) mais dans leur formulation pour en faire des authentifiants.
« Nous pratiquons un métier d’ingénierie qui consiste à concevoir pour nos clients la meilleure formulation de marqueurs minéraux ou organiques.
Ces molécules sont ensuite introduites, en très faible concentration (quelques PPM) soit dans la masse ou en surface (pelliculage) des pièces que l’on veut authentifier.
Enfin, nous avons développé un lecteur optique qui, après une excitation UV, fournit une vérification immédiate de la signature authentifiante sans passer par un laboratoire de contrôle.
Notre procédé de lecture est particulièrement performant, car il ne s’arrête pas au contrôle de la couleur. Il effectue une analyse spectrale fine de la lumière réfléchie. Cette lecture permet de détecter, avec certitude, les pics de réponse spécifiques des atomes de la signature. De plus, il fonctionne même avec des plastiques noirs et sait s’affranchir à 100 % du bruit de fond.
»

Actuellement la société prépare une levée de fonds afin de procéder à une augmentation de capital (de l’ordre de 1,5 M€) qui permettra de financer :
- D’une part, l’industrialisation de la fabrication des lecteurs, sachant que chaque client dispose d’un lecteur spécifique dédié à sa formulation ;
- D’autre part, la mise place d’un laboratoire d’ingénierie chimique.

Une expérience concrète du traçage des plastiques

Parallèlement au développement de son procédé d’authentification, Tracing Technologies a su séduire le secteur du recyclage, en s’adaptant à la demande quitte à limiter les usages de sa technologie à l’identification et la traçabilité.

Un marché considérable si l’on considère que l’Europe consomme 45 millions de tonnes de plastiques par an et que, d’ici à 2015, 95 % de celles-ci devront être recyclées et valorisées, alors que seulement 20 % le sont aujourd’hui.

Dans le cadre du projet TRIPTIC sélectionné par l’ANR, Tracing Technologies est notamment partenaire de l’association RECORD qui conduit des travaux de recherche coopérative dans le domaine du recyclage des déchets et de l’environnement. Celle-ci rassemble les ténors français du recyclage (Véolia, Sita, Renault…).

Tracing Technologies a été aussi sélectionnée par le pôle de compétitivité MOV’EO (R&D automobile du futur et transports publics), et a reçu le tout nouveau Label national d’entreprise innovante des pôles pour participer aux programmes d’éco-conception des matériaux en vue de leur recyclage en fin de vie.

Pour Jean-Michel Hachin et Claude Lambert, « parallèlement à la mise en place d’une signature chimique normalisée des plastiques, (pour en faciliter la traçabilité et le recyclage), les transformateurs (en particulier les constructeurs et les équipementiers automobiles) peuvent dès à présent marquer leurs plastiques avec une signature personnalisée, en vue d’authentifier leurs productions pour lutter contre la contrefaçon et les marchés gris. »

Quel modèle économique ?

La solution d’authentification est commercialisée sous la forme d’une double licence « par client et par produit », qui inclut la formulation d’une signature et d’un lecteur spécifique. Il s’agit d’un marquage identique par série ou par lot de produits dont les caractéristiques pourront toutefois varier dans le temps.

La capacité codante des traceurs serait quasi infinie. Elle dépend de la combinatoire des composants primaires utilisés (avec une grande stabilité dans le temps et une bonne résistance aux variations de température.)

Le client reçoit la substance authentifiante sous la forme de poudre ou d’un concentré appelé « mélange maître. Les clients seront ainsi en mesure de fabriquer eux-mêmes leurs signatures chimiques sans s’en remettre à un sous-traitant.

Le principal intérêt de cette technologie est qu’elle ne modifie absolument pas le processus de fabrication, ni aucune des caractéristiques des produits ; son coût est donc particulièrement économique. À titre d’exemple, pour les plastiques courants l’ajout d’un authentifiant chimique pourrait ne pas coûter plus de quelques cents d’euros.

Philippe Collier

* En 2003, avant même sa création, la société a été lauréate du concours national du ministère de la Recherche dans la catégorie « Émergence ».