Technologies

Spectroscopie : un pas décisif dans la lutte contre la fraude ?

Écrit par CR42 le . Rubrique: Technologies

Le premier Prix Jean Jerphagnon consacre les performances de la « Spectroscopie par peignes de fréquences femtosecondes ». Décoiffant.

Le premier Prix Jean Jerphagnon a été attribué, fin 2008, à Nathalie Picqué, 35 ans, du Laboratoire de photophysique moléculaire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), à Orsay, pour son projet de « Spectroscopie par peignes de fréquences femtosecondes ».

Ce prix destiné à promouvoir l’innovation technologique et la diffusion de l’optique-photonique récompense la conception et la mise en œuvre d’une nouvelle génération de spectromètre optique, fondée sur l’utilisation originale de nouvelles sources lasers, les peignes de fréquences femtosecondes. Les performances de ce nouveau spectromètre, que l’on pourrait qualifier de HD (haute définition), sont inégalées avec des caractéristiques de large couverture spectrale simultanée, résolution, exactitude, sensibilité, compacité et temps d’acquisition ultra-court.

> Une résolution améliorée par un million

Elaboré dans le cadre d’une collaboration entre les groupes de Nathalie Picqué et de Theodor W. Hänsch, prix Nobel de physique 2005, du Max Planck Institut für QuantenOptik de Munich, il transcende les performances de la classique spectroscopie par transformation de Fourier, en en améliorant par un million la résolution et le temps de mesure !

Afin d’exploiter la puissance de cette spectroscopie émergente et la diversité de ses méthodologies d’application, un laboratoire européen associé, le « European Laboratory for Frequency Comb Spectroscopy », est en cours de création par le CNRS et la Max Planck Gesellschaft.

Ces travaux ouvrent d’importantes perspectives pour le diagnostic optique en temps réel et la spectroscopie de précision pour la biologie, la chimie, l’environnement, l’industrie, la médecine,... mais aussi pour détecter les fraudes ou la présence de composés dangereux. En revanche, on peut aussi craindre que l’emploi de cet outil ne facilite la tâche des contrefacteurs pour copier les formulations <

PhC

 

> Interview

« Une utilisation en milieu industriel est possible d’ici deux à trois ans »

Contrefaçon Riposte : Quand pensez-vous que cette nouvelle génération de spectroscopes sera disponible sur le marché ?

Nathalie Picqué : Notre instrument est actuellement un prototype de laboratoire. Nous sommes en train de déposer des brevets et de négocier les licences d’exploitation avec un industriel qui s’est déclaré intéressé. En supposant que cette négociation aboutisse (ce qui est vraisemblable), on peut imaginer que des premières versions de l’instrument, pour des utilisateurs avertis (comme des laboratoires de recherche), soient commercialisées d’ici à, un ou deux ans, et que des « boites noires » pour une utilisation en milieu industriel soient disponibles d’ici deux à trois ans.

Contrefaçon Riposte : Les prix d’acquisition et d’exploitation seront-ils équivalents ou supérieurs ?

Nathalie Picqué : Son prix d’acquisition estimé est, pour le moment, équivalent aux instruments actuels. Néanmoins, comme son principe est basé sur des composants très peu coûteux (des lasers à fibres), on peut raisonnablement prédire, une fois que le coût du développement aura été amorti pour l’industriel, que son prix sera inférieur aux instruments actuels.

Le coût de fonctionnement est très inférieur aux équipements actuels : la consommation électrique est inférieure, l’instrument est plus compact, il peut se transporter sans se dérégler et il ne demande pas de faire appel périodiquement à un technicien spécialisé pour effectuer les réglages optiques. <