Technologies

Les nanotechnologies, une solution contre les faux médicaments ?

Écrit par Philippe COLLIER le . Rubrique: Technologies

À l’heure où les médicaments contrefaisants pullulent sur Internet, ces technologies, utilisées jusqu’à présent seulement sur les emballages, ouvrent des perspectives intéressantes de marquage du produit lui-même.

DataLase_pill_fmtSi des études cliniques doivent être menées pour s’assurer de l’innocuité du marqueur, le surcoût qui en découle devrait être largement comblé par le rapatriement du chiffre d’affaires perdu à causedes fraudes.

La contrefaçon dans le secteur pharmaceutique est de plus en plus préoccupante. 557 cas de fraude ont été enregistrés en 2004, 781 cas en 2005, selon le Dr Bale, directeur général de la Fédération internationale de l’industrie du médicament. La contrefaçon représenterait 10 % du marché mondial des médicaments, soit une perte de chiffre d’affaires de 26 milliards d’euros par an.

Le cabinet conseil Alcimed, spécialisé dans les biotechnologies et les sciences de la vie, vient de publier un bilan qui souligne l’intérêt des nanotechnologies pour lutter contre la contrefaçon, en intégrant le système d’authentification dans le médicament lui-même.

Jusqu’à présent, ces technologies n’ont en effet été utilisées que pour assurer la traçabilité des emballages. C’est le cas en particulier de la technologie RFID (Radiofrequency Identification), qui repose sur la mise en place de dispositifs nanométriques composés d’une puce électronique et d’une antenne répondant aux émissions radios émises. Après avoir connu un très fort engouement dans le secteur du médicament et avoir été présentée comme une panacée permettant d’assurer simultanément les traçabilités logistique et anti-contrefaçon, il semble que son efficacité soit aujourd’hui remise en cause, dans la lutte anti-contrefaçon, pour des raisons de coût trop important et d’inefficacité – l’expérimentation de Pfizer pour la protection de ses emballages de Viagra est passée par là. Car authentifier uniquement les emballages présente un inconvénient majeur : les contrefacteurs récupèrent les emballages usés pour y déposer leurs faux.

En revanche, l’emploi des nanotechnologies dans le médicament lui-même pourrait se révéler beaucoup plus intéressant. Par exemple, la technologie Authentix, approuvée aux États-Unis par la Food and Drug Administration et utilisée dans le secteur pharmaceutique depuis plus de sept ans, repose sur le principe d’un marquage chimique inerte. Ces traceurs nanométriques sont incorporés à très faible concentration dans le médicament, de telle sorte qu’ils ne peuvent pas être détectés par les moyens d’analyse chimique classiques. Ils sont cependant détectés sans équivoque par les kits de test et les instruments de lecture du fournisseur.

D’autres technologies, comme les brins d’ADN de synthèse (voir l’article sur TraceTag dans notre numéro 14) ou les traceurs isotopiques (voir notre numéro 17), peuvent eux aussi être incorporés dans le médicament, mais leur détection demande un appareillage de laboratoire spécifique. L’inconvénient pour l’industrie pharmaceutique est de devoir mener des études cliniques qui prouvent l’innocuité du marqueur au cours de son absorption mais, selon Alcimed, ces surcoûts seraient largement comblés par le rapatriement du chiffre d’affaires perdu au profit des contrefacteurs.

Outre les nanotechnologies, d’autres technologies permettent d’authentifier les médicaments plutôt que l’emballage. Citons la spectroscopie NIR (Near InfraRed), méthode d’analyse qui permet de révéler une signature propre à chaque médicament, ou encore un procédé de marquage laser développé par DataLase (ex-Sherwood Technology), au Royaume-Uni, qui génère l’inscription d’un code d’authentification spécifique sur chaque pilule. Autant de solutions d’avenir à la disposition des laboratoires, qui doivent rapidement investir pour sécuriser leurs clients et protéger leur propriété intellectuelle. <

Ph. Collier