Technologies

In vino veritas

Écrit par Philippe COLLIER le . Rubrique: Technologies

L’utilisation conjointe des technologies développées par Algoril et par Signoptic permet d’obtenir un marquage infalsifiable des bouteilles de vin. Un marché considérable.

L’une des multiples causes de l’actuelle crise du vin est sans doute une crise de confiance : la fraude et la contrefaçon de boissons alcoolisées sont en effet loin d’être négligeables. Face à la méfiance du consommateur, il s’agit de défendre la qualité de la production ; les viticulteurs français, concernés au premier chef, entendent bien donner l’exemple.

À point nommé, les sociétés Algoril et Signoptic, respectivement suisse et française, ont signé un partenariat exclusif dans le domaine des vins et des spiritueux, pour proposer un système d’authentification et de traçabilité des bouteilles particulièrement fiable.

Algoril, créée en 2002, est spécialisée dans le marquage antifraude et anti-contrefaçon (horlogerie, pharmacie, tabac…). Dès 2005, elle se concentre sur le secteur du vin, avec un système de codification fondé sur l’analyse des informations figurant sur l’étiquette (noms du château, du producteur, de l’appellation, du millésime ; numéro de la bouteille). Chaque empreinte alphanumérique
ainsi calculée (du type «CDk-Ygi-siN13257-») est unique et caractérise une bouteille. Ce codage est, d’une part, imprimé en clair sur l’étiquette, le bandeau, la contre-étiquette ou encore le scellé de la cape qui garantit le contenu et, d’autre part, transféré dans la base de données d’Algoril.

Lorsqu’un distributeur ou un client interroge la base à distance, par Internet ou SMS, à propos d’un de ces codes, il obtient la carte d’identité de la bouteille ainsi que des informations complémentaires sur le producteur, le cépage, la vinification... Au-delà de la gestion de la traçabilité, ce service est donc aussi un véritable outil marketing.

> Innovation déterminante

Ce principe d’identification, largement utilisé puisqu’il concerne tous les produits immatriculés, a cependant une faille. En effet, les étiquettes sont susceptibles d’être dupliquées – des milliers de bouteilles peuvent ainsi porter la même référence… Le système détectera la fraude, mais trop tard, le mal sera fait. Pour certifier de manière incontestable la provenance d’un vin, il faut un authentifiant non seulement unique mais aussi non reproductible.

C’est là qu’entre en jeu la société savoyarde Signoptic, créée en 2005 avec l’appui du réseau Entreprendre et de l’incubateur Créalys. Soutenue par Oséo-Anvar, la jeune entreprise a reçu le prix spécial «-Création et développement 2005-», décerné par le ministère délégué à la Recherche, pour sa technologie brevetée d’authentification. Le principe consiste à analyser la surface d’un matériau (en l’occurrence, une petite partie de l’étiquette). À cette échelle, la structure des fibres se révèle différente pour chaque portion de matière (ici, de papier). Le traitement numérique de l’image génère une signature aléatoire unique et infalsifiable.

Cette signature servira d’authentification et de clé pour protéger les «-métadonnées-», soit les informations liées à cet objet. Par la suite, en comparant l’identifiant lu à celui préalablement enregistré, à l’aide d’un lecteur opto-électronique, il sera possible de déterminer si le produit est authentique ou non. Les lecteurs seront produits par Signoptic et distribués par Algoril ; les deux sociétés sont propriétaires de leur propre réseau de contrôle.

> Rapide, économique etne pérenne

Serge-Tchekhov_fmt« L’intérêt de cette solution, explique Serge Tchekhov, directeur commercial, marketing et développement d’Algoril, est qu’elle n’a aucune incidence sur la chaîne d’embouteillage. Le calcul d’empreinte et l’analyse de surface se font chez l’imprimeur. Le traitement des étiquettes et l’impression du code atteignent une cadence de 25 images par seconde. Ces éléments, identifiant et authentifiant, sont conservés dans notre base de données. Lorsque le vin sera commercialisé, souvent après plusieurs années de maturation, le producteur pourra enrichir ces informations pour contrôler sa distribution et éviter les marchés gris. Il indiquera, par exemple, que les bouteilles du n° x au n° y ont été vendues à tel ou tel distributeur, restaurant ou caviste. Ainsi, à tout moment, la traçabilité de chaque bouteille est assurée. Comme les grands crus se conservent des dizaines d’années, nous avons prévu un stockage des données pratiquement illimité, dont nous garantissons la pérennité même si l’entreprise venait à disparaître.

Le coût de la solution globale se situe entre 5 et 9 centimes ht par étiquette, selon les quantités. Elle n’est donc pas réservée aux grands crus, mais concerne toutes les catégories de vins ; d’ailleurs, ce sont les petites appellations locales qui souffrent le plus de la fraude. »

Déjà, plusieurs grands producteurs du Bordelais – notamment château Guiraud, premier grand cru classé de Sauternes, et les 135 propriétaires du cercle des grands vins de la rive droite –, de Champagne, de Cognac et d’Espagne ont retenu cette technologie. Avec 50 milliards de bouteilles de vin et de spiritueux commercialisées dans le monde chaque année, le marché potentiel est considérable. Avec une priorité pour l’Italie, l’Espagne et la France, qui contrôlent les deux tiers du secteur. <

Philippe Collier