Interview de Frédéric Delacroix / Délégué général de l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle

Écrit par CR04 le . Rubrique: Interviews

« Faire prendre conscience des dangers du téléchargement illégal »

Contrefaçon riposte : quand a été créée l’ALPA et qui sont ses membres ?

Alpa-bis_fmtFrédéric Delacroix : L’ALPA a été créée, en 1985, à l’initiative des Pouvoirs publics, en particulier du ministère de la Culture via le CNC et des professionnels de l’audiovisuel. Il s’agissait de prendre en compte l’impact de l’arrivée du magnétoscope sur le cinéma et le marché de la vidéo. C’est l’époque de la mise en place de la loi Lang qui fixe la chronologie des médias, c’est-à-dire le calendrier d’exploitation des œuvres (en salles, puis en vidéo, puis à la télévision payante….).

L’association est actuellement présidée par Nicolas Seydoux. Elle comprend une trentaine de membres représentant l’ensemble des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel : CNC, syndicats professionnels, sociétés de productions, sociétés de gestion collectives de droits (SACEM, SACD, ADAMI) et industries techniques (laboratoires, opérateurs du câble ou du satellite, fabricants de décodeurs ou de solutions de protection).

Contrefaçon riposte : quelles sont ses missions ?

Frédéric Delacroix : tout d’abord défendre les intérêts des membres contre la piraterie sous toute ses formes. Celle-ci est particulièrement préoccupante depuis l’avènement des technologies numériques qui facilitent les copies, ainsi que le développement de l’Internet haut débit. Notre priorité est de lutter contre la mise à disposition illégale sur Internet de contenus protégés. Nous discutons actuellement avec les fournisseurs d’accès Internet pour contribuer à la mise en place des propositions faites par le secteur pour lutter contre la contrefaçon.

Elles s’articulent autour de trois axes :

1) la communication afin de responsabiliser les internautes. Des campagnes de sensibilisation viennent d’être mises en place par nos membres comme en ce moment les campagnes du Blic (Bureau de liaison des industries du cinéma) et du SEV (syndicat de l’édition vidéo);

2) la mise en place d’une offre légale sur Internet. Le point délicat est de trouver le bon créneau pour les mises en ligne de films qui ne bouleversera pas l’économie fragile du cinéma;

3) enfin, le volet répressif en adoptant une riposte graduée. Nous discutons actuellement avec les fournisseurs d’accès Internet la mise en place d’un système d’alerte progressif avertissant les internautes se livrant à des téléchargements illicites des risques qu’ils prennent. Des actions en justice seront engagées envers les plus récalcitrants.

Contrefaçon riposte : combien d’actions avez-vous engagées à ce jour ?

Frédéric Delacroix : Nous déposons en moyenne 150 plaintes par an, dont la plus grosse partie concerne actuellement des affaires de contrefaçon sur Internet et notamment sur le Peer to Peer. Plusieurs affaires pénales importantes sont en cours. Mais le secret des instructions m’empêche d’en dire plus.

Contrefaçon riposte : que pensez-vous des multiples technologies de protection disponibles sur le marché-? La profession a-t-elle fait un choix ?

Frédéric Delacroix : Pour le moment et avant de faire un choix nous attendons que ces technologies soient reconnues par la loi. La transposition de la directive EUCD (2001/29/CE) dans le projet de loi du 12 novembre 2003 (qui arrive enfin en discussion au Parlement) est une première étape nécessaire. Nous suivons aussi les travaux de la National Broadcasting Association (NBA) américaine sur le sujet. Les offreurs de technologies sont nombreux, les technologies existent. Mais il sera nécessaire que les techniques retenues soient interopérables entre elles.

Propos recueillis par Philippe Collier